Retour au blog
RetraiteExpatriationFrontalierCarrière internationale

Carrière dans plusieurs pays : comment retrouver (et cumuler) ses droits à la retraite

Vous avez travaillé en France, en Suisse, au Luxembourg ou hors d'Europe ? Voici comment vos trimestres se cumulent vraiment, ce que personne ne vous enverra spontanément, et la méthode pour reconstituer votre dossier avant qu'il ne soit trop tard.

·9 min de lecture
⚠ Avertissement : Les articles publiés sur IgniFI sont fournis à titre purement informatif et éducatif. Ils ne constituent pas un conseil en investissement, une recommandation financière, ni une incitation à acheter ou vendre des actifs financiers ou des instruments financiers. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte partielle ou totale du capital investi. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Consultez un conseiller financier agréé (CIF) avant toute décision d'investissement. Lorsqu'un article cite un instrument financier nommément, c'est à titre d'illustration de caractéristiques vérifiables (indice suivi, mode de réplication, frais courants), jamais comme une sélection ni une incitation à l'acheter. IgniFI ne détient aucune position sur les instruments cités, ne perçoit aucune rémunération d'un émetteur, d'un courtier ou d'un distributeur, et n'a aucun partenaire rémunéré pour être mis en avant. Aucun de ces articles n'est adapté à une situation particulière : ils sont publiés à l'identique pour tous les lecteurs.

C'est une phrase qu'on entend souvent, et elle est fausse : « j'ai bossé cinq ans à Londres, ces années-là sont perdues ». Elles ne le sont presque jamais. En revanche, personne ne viendra vous les rappeler, et c'est très exactement le problème.

Une carrière répartie sur plusieurs pays produit un dossier de retraite éclaté entre autant de caisses, qui ne se parlent qu'au moment de la liquidation, parfois mal, et uniquement si vous leur donnez les bons éléments. Voici comment ça marche réellement, et quoi faire dès maintenant.

Le principe : vos périodes se totalisent, mais chaque pays paie sa part

Dans l'Espace économique européen, en Suisse et au Royaume-Uni, le règlement européen de coordination (883/2004) pose deux règles qu'il faut bien distinguer.

Comment se calcule une retraite gagnée dans plusieurs pays
  1. 1Vos périodes

    Chaque pays où vous avez cotisé conserve les vôtres, dans son propre système.

  2. 2Totalisation

    Pour vérifier que le droit est ouvert, chaque pays additionne toutes vos périodes, y compris étrangères.

  3. 3Proratisation

    Mais chaque pays ne paie que la part correspondant à ses propres années de cotisation.

  4. Plusieurs pensions

    Un virement par pays, à l'âge légal de chacun, avec ses propres règles de revalorisation.

Deux règles du règlement européen 883/2004 que presque tout le monde confond. La totalisation sert à ouvrir le droit, la proratisation à fixer le montant. Vous ne recevrez donc pas une pension, mais plusieurs, à des âges différents et selon les règles de chaque pays.

La totalisation. Pour vérifier que vous avez droit à une pension, chaque pays additionne vos périodes d'assurance dans tous les pays concernés. Si la France exige une durée minimale et que vous n'avez cotisé que trois ans chez elle, vos années allemandes ou espagnoles comptent pour ouvrir ce droit.

La proratisation. En revanche, chaque pays ne vous versera que la part correspondant à ses propres années de cotisation. Vous ne toucherez pas une pension entière de chaque pays : vous toucherez plusieurs pensions partielles, versées séparément, chacune à l'âge et selon les règles de son pays.

La conséquence pratique est celle que la plupart des gens découvrent trop tard : vous ne recevrez pas une pension, mais trois ou quatre virements différents, à des âges différents. Une pension allemande peut démarrer à un âge distinct de la française, et une pension suisse suit encore d'autres règles.

Hors d'Europe : tout dépend d'une convention bilatérale

Au-delà de l'Europe, la coordination automatique disparaît. Reste le réseau de conventions bilatérales de sécurité sociale que la France a signées avec une quarantaine de pays, dont les États-Unis, le Canada et le Québec, le Japon, le Brésil, l'Inde, le Maroc ou la Tunisie.

Quand une convention existe, elle prévoit généralement une totalisation comparable au mécanisme européen. Quand il n'y en a pas, ou pour un pays non couvert, les années travaillées là-bas ne comptent pas pour votre retraite française. C'est le seul cas où l'expression « années perdues » a un sens, et c'est précisément celui où il faut avoir anticipé.

L'anticipation porte un nom : la Caisse des Français de l'Étranger ou, selon les cas, le rachat de trimestres. Cotiser volontairement pendant l'expatriation coûte de l'argent immédiatement, mais c'est souvent la seule façon d'éviter un trou définitif dans une carrière longue.

Le cas frontalier : Suisse et Luxembourg

Les frontaliers cumulent une particularité de plus. Un travailleur en Suisse cotise à l'AVS (le premier pilier) et généralement au deuxième pilier (LPP, la prévoyance professionnelle). Ces deux étages n'obéissent pas aux mêmes règles au moment du départ.

L'AVS suit la logique de coordination et vous versera une rente proportionnelle à vos années suisses. Le deuxième pilier, lui, est un capital accumulé à votre nom : selon votre situation et le type d'avoir, il peut être versé en rente, en capital, ou transféré. Beaucoup de frontaliers ignorent le montant exact qui dort sur leur compte de libre passage, parfois pendant des années après avoir quitté un employeur.

Le réflexe utile : demander chaque année son attestation de deuxième pilier et vérifier où sont logés les avoirs de chaque employeur successif. Un compte de libre passage oublié chez un ancien assureur, ça arrive plus souvent qu'on ne le croit.

La reconstitution : commencez maintenant, pas à 62 ans

Voici la partie que personne n'aime entendre. Reconstituer une carrière internationale demande des preuves, et ces preuves vieillissent mal : entreprises disparues, caisses fusionnées, bulletins de salaire égarés, numéros d'affiliation étrangers introuvables.

La méthode qui fonctionne, dans l'ordre :

  1. Créez votre compte sur info-retraite.fr. Le relevé de carrière unique y regroupe vos régimes français. C'est votre point de départ, et il est gratuit.
  2. Vérifiez ligne par ligne. Les trous, les années à zéro trimestre, les employeurs manquants : notez-les. Les erreurs sont fréquentes, et plus on attend, plus elles sont difficiles à corriger.
  3. Listez chaque pays, chaque employeur, chaque période avec les dates exactes. Ajoutez votre numéro d'assuré local (numéro AVS suisse, National Insurance britannique, Social Security américain…). C'est ce numéro qui permettra de retrouver votre dossier.
  4. Rassemblez les preuves tant qu'elles existent : contrats, bulletins de salaire de début et de fin de période, attestations d'employeur, avis d'imposition locaux. Scannez tout dans un dossier unique.
  5. Faites votre demande unique au moment venu. En Europe, vous déposez une seule demande dans votre pays de résidence, qui se charge de contacter les autres caisses. Prévoyez large : ces échanges internationaux prennent souvent plusieurs mois, parfois plus d'un an.

Les trois pièges les plus coûteux

Croire que la demande est automatique. Aucune caisse ne vous versera quoi que ce soit sans demande de votre part. Une pension étrangère non réclamée n'est jamais versée d'office.

Oublier la fiscalité. Une pension étrangère est en principe imposable, mais où ? Cela dépend de la convention fiscale entre la France et le pays payeur, et les règles diffèrent selon qu'il s'agit d'une pension privée ou publique. Deux retraités avec le même parcours peuvent se retrouver imposés différemment. C'est un sujet à traiter avec un professionnel avant de liquider, pas après.

Négliger la conversion de devises. Une rente en francs suisses ou en livres reste soumise au change. Sur une retraite de vingt-cinq ans, les variations ne sont pas anecdotiques, et elles pèsent sur votre budget réel.

Ce qui reste vrai partout

Plus la carrière est internationale, plus la retraite publique devient incertaine dans son montant et dans son calendrier. Ce n'est pas une raison de renoncer à récupérer ses droits, ce sont souvent des sommes considérables sur la durée. Mais c'est une excellente raison de ne pas faire reposer sa retraite uniquement sur eux.

Un patrimoine que vous contrôlez, lui, ne dépend ni d'une convention bilatérale, ni d'un dossier perdu dans une caisse étrangère, ni de l'âge légal d'un pays où vous ne vivez plus.

Où IgniFI intervient

Une carrière multi-pays produit aussi un patrimoine multi-pays : un compte-titres resté à l'étranger, un deuxième pilier suisse, un plan d'épargne d'entreprise anglo-saxon, plusieurs devises. IgniFI consolide tout ça au même endroit, en euros comme dans la devise d'origine, avec la valeur convertie au taux du jour.

Le reste, c'est de la méthode : commencez le dossier maintenant, pendant que les preuves existent encore.

Passez à l'action

Suivez votre patrimoine, calculez votre date FIRE et simulez vos scénarios. Gratuitement.

Créer mon compte gratuit →