La plupart des gens ont un plan flou pour la retraite. En général, ça ressemble à ça : la pension de l'État couvrira l'essentiel, et il y aura un peu d'épargne à côté pour vivre confortablement. C'est un plan rassurant. Il mérite quand même d'être vérifié, parce que les calculs derrière les retraites publiques se déplacent discrètement depuis une trentaine d'années.
C'est de l'arithmétique, pas de la politique
Une retraite par répartition fonctionne simplement. Les personnes qui travaillent aujourd'hui versent des cotisations, et cet argent va directement aux personnes qui sont à la retraite aujourd'hui. Rien n'est placé à votre nom et mis de côté pour plus tard. C'est un transfert d'une génération vers une autre.
Ça marche bien quand il y a beaucoup d'actifs pour chaque retraité. En France, dans les années 1960, il y avait à peu près quatre personnes qui travaillaient pour chaque pensionné. Aujourd'hui le ratio est plus proche de 1,7, et les projections continuent de baisser parce qu'on vit plus longtemps et qu'il naît moins d'enfants. Pas besoin d'avoir un avis tranché sur tel ou tel gouvernement pour voir le souci. Moins d'actifs qui financent plus de retraités, pendant plus d'années chacun, ça rend la promesse plus difficile à tenir au même niveau.
Ordres de grandeur : le ratio dépend de la définition retenue pour « actif » et « retraité », et les sources sérieuses ne s'accordent pas au dixième près. Ce que toutes montrent, en revanche, c'est la pente. Une retraite par répartition est financée par ce ratio, et par rien d'autre.
Les gouvernements ne disposent que de trois leviers. Reculer l'âge de départ, augmenter les cotisations, ou laisser le taux de remplacement baisser, c'est-à-dire que la pension couvre une part plus faible de votre ancien salaire qu'avant. On a déjà vu les trois. Aucune raison de penser que ça s'arrête.
Ce que ça veut dire pour vous
Rien de tout ça ne signifie que la retraite publique va disparaître. Ce n'est probablement pas le cas. Le vrai risque, c'est qu'elle couvre une part plus petite de vos besoins que vous ne le supposez, et que vous le découvriez au pire moment, quelques années avant d'arrêter, quand il vous reste très peu de temps pour corriger le tir.
Le réflexe honnête, c'est de le savoir maintenant, tant qu'il vous reste des décennies de capitalisation devant vous. Ça revient à mettre deux chiffres côte à côte. Le premier : ce que vous dépenserez vraiment par mois une fois à la retraite. Le second : ce que votre pension devrait réellement vous verser. L'écart entre les deux, c'est ce que votre propre épargne doit combler.
Pour beaucoup de gens, cet écart est plus grand que prévu, parce qu'ils supposent que leur pension remplacera la majeure partie de leur salaire. Pour les revenus élevés en particulier, le taux de remplacement peut être étonnamment faible. Le système est plus généreux, en proportion, envers ceux qui ont moins gagné.
Comment chiffrer l'écart
Partez de vos dépenses, pas de vos revenus. Regardez ce qui sort vraiment de votre compte un mois normal, puis retirez ce qui disparaît à la retraite, comme les trajets domicile-travail ou un crédit immobilier que vous aurez fini de rembourser. Ajoutez ce qui augmente, comme les frais de santé. Vous obtenez un objectif mensuel en euros d'aujourd'hui.
Récupérez ensuite une estimation de votre pension. En France, vous pouvez en tirer une depuis votre compte retraite en ligne. Ce ne sera pas exact, mais ça n'a pas besoin de l'être. Vous cherchez la forme du problème, pas un montant à l'euro près.
Faites la soustraction. Si votre objectif est de 3 000 par mois et votre pension projetée à 1 800, votre épargne doit produire 1 200 par mois, ajustés de l'inflation, aussi longtemps que vous vivrez. La règle classique dit qu'il faut environ 25 fois l'écart annuel placé pour le décaisser sans risque. Un écart de 1 200 par mois, c'est 14 400 par an, donc autour de 360 000 de capital investi. C'est un vrai chiffre sur lequel se baser, et il fait beaucoup moins peur quand on le regarde à 35 ans qu'à 60.
Pourquoi un outil aide ici
Si la plupart des gens évitent cet exercice, ce n'est pas par paresse. C'est que le faire à la main est pénible et un peu déprimant, et notre cerveau est très doué pour décider d'y penser plus tard. Un logiciel ne se fatigue pas et ne se décourage pas. Il vous montre l'écart, le met à jour quand votre situation change, et vous laisse tester ce qui se passe si vous épargnez un peu plus, partez un an plus tard, ou obtenez un rendement un peu plus faible qu'espéré.
C'est tout l'intérêt de lancer la projection tôt. Pas pour vous faire peur, mais pour transformer une inquiétude vague en un chiffre précis, et vous donner les années nécessaires pour agir. Les gens qui arrivent à la retraite sereinement sont rarement ceux qui ont le plus gagné. Ce sont ceux qui ont regardé l'écart tôt et qui ont continué à le combler.