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« No buy » et dépenses minimalistes : ce que ça change vraiment à votre date FIRE

Une année sans achats superflus, ou une habitude qui dure ? Le calcul montre un écart de sept ans contre quatre mois. Taux d'épargne et années jusqu'à l'indépendance financière, la méthode en une équation, des chiffres français, et les limites de la tendance.

·9 min de lecture
⚠ Avertissement : Les articles publiés sur IgniFI sont fournis à titre purement informatif et éducatif. Ils ne constituent pas un conseil en investissement, une recommandation financière, ni une incitation à acheter ou vendre des actifs financiers ou des instruments financiers. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte partielle ou totale du capital investi. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Consultez un conseiller financier agréé (CIF) avant toute décision d'investissement. Lorsqu'un article cite un instrument financier nommément, c'est à titre d'illustration de caractéristiques vérifiables (indice suivi, mode de réplication, frais courants), jamais comme une sélection ni une incitation à l'acheter. IgniFI ne détient aucune position sur les instruments cités, ne perçoit aucune rémunération d'un émetteur, d'un courtier ou d'un distributeur, et n'a aucun partenaire rémunéré pour être mis en avant. Aucun de ces articles n'est adapté à une situation particulière : ils sont publiés à l'identique pour tous les lecteurs.

Le « no buy » a commencé comme un défi sur TikTok : choisir une dépense où l'on met trop d'argent, vêtements, maquillage, plats à emporter, et cesser de l'acheter pendant une durée fixée, un mois, un an. Sa cousine, l'« underconsumption core », a fait le tour des réseaux à l'été 2024 avec des vidéos de vieux sèche-cheveux et de vêtements portés depuis le lycée. Le mot est nouveau, l'idée l'est moins.

La question qui intéresse quelqu'un qui vise l'indépendance financière est plus étroite : combien d'années ça rapporte. La réponse dépend presque entièrement d'un détail que les vidéos ne précisent pas. Une année sans achats qui s'arrête au 31 décembre rapproche la date de quelques mois. La même baisse de dépenses, si elle devient une habitude, la rapproche de plusieurs années.

La méthode, en une équation

Le calcul classique repose sur trois hypothèses, qu'il vaut mieux poser avant de lire les chiffres. On part de zéro. L'argent épargné rapporte 4 % par an au-dessus de l'inflation, le taux qu'IgniFI utilise lui-même pour ses projections. Et l'on est indépendant quand le capital atteint 25 fois les dépenses annuelles, ce qui correspond à la règle des 4 % : un capital qui peut financer vos dépenses actuelles, sans les réduire.

Appelons E l'épargne de l'année et D les dépenses. Au bout de n années, le capital vaut E × (1,04ⁿ − 1) / 0,04. On atteint la cible quand ce capital égale 25 × D. Comme 25 × 0,04 = 1, l'équation se simplifie d'elle-même : 1,04ⁿ = 1 + D / E. Or 1 + D / E, c'est le revenu divisé par l'épargne, autrement dit l'inverse du taux d'épargne s.

D'où : n = ln(1/s) / ln(1,04).

Le revenu a disparu de la formule. À taux d'épargne égal, quelqu'un qui gagne 2 000 euros par mois et quelqu'un qui en gagne 6 000 mettent le même nombre d'années à atteindre leur propre cible, puisque la cible est faite de leurs propres dépenses. Avec 10 % d'épargne, il faut 58,7 ans. Avec 50 %, 17,7 ans.

Taux d'épargne et années jusqu'à l'indépendance financière

En partant de zéro, avec une cible de 25 fois les dépenses annuelles et une épargne versée en fin d'année. Rendement réel de 4 % (hypothèse d'IgniFI) ou de 2 % (hypothèse prudente), en euros d'aujourd'hui. Les dépenses une fois indépendant sont supposées égales aux dépenses actuelles. Calcul IgniFI : n = ln(1 + 25 r (1 − s) / s) / ln(1 + r).

La courbe est raide à gauche et plate à droite. Passer de 10 % à 20 % d'épargne fait gagner près de dix-huit ans. Passer de 60 % à 70 % en fait gagner quatre. C'est pour cette raison que les premiers efforts comptent tant, et que les records de frugalité affichés en ligne comptent si peu pour la plupart des gens.

Avec des chiffres français

En France, les ménages mettent de côté 17,2 % de leur revenu disponible brut, d'après l'Insee pour le deuxième trimestre 2026, et 8,5 % seulement sous forme d'épargne financière, le reste allant surtout à l'immobilier. Le niveau de vie médian correspond à 2 228 euros par mois pour une personne seule en 2024.

Le tableau applique la formule à un salaire net de 3 000 euros, environ un tiers au-dessus de cette médiane. Les années ne dépendent que du taux ; les montants aident à se situer.

Taux d'épargneÉpargne par moisDépenses par moisCible FIRE (25 × dépenses annuelles)Années à 4 % réelAnnées à 2 % réel
10 %300 €2 700 €810 000 €58,786,1
20 %600 €2 400 €720 000 €41,055,5
25 %750 €2 250 €675 000 €35,346,3
30 %900 €2 100 €630 000 €30,739,0
40 %1 200 €1 800 €540 000 €23,428,3
50 %1 500 €1 500 €450 000 €17,720,5
60 %1 800 €1 200 €360 000 €13,014,5

En partant de zéro. Vérification sur la ligne à 10 % : 3 600 € par an pendant 58,7 ans à 4 % donnent 3 600 × (10 − 1) / 0,04 = 810 000 €, puisque 1,04 puissance 58,7 vaut 10. Insee, Informations rapides n° 212 (28 août 2026) et Insee Première n° 2117 (juillet 2026).

Ce qu'un « no buy » change, mois par mois

Prenons quelqu'un de 32 ans avec ce salaire de 3 000 euros. Il dépense 2 250 euros, épargne 750 euros, soit 25 %, et a déjà 40 000 euros placés. Sa cible est de 675 000 euros. Il supprime 300 euros de dépenses par mois : vêtements, achats en ligne, livraisons de repas.

ScénarioÉpargne par moisCible FIREÂge d'atteinteÉcart
Rien ne change750 €675 000 €62 ans et 11 mois
Une année de « no buy », puis retour aux habitudes1 050 € pendant 12 mois, puis 750 €675 000 €62 ans et 7 mois4 mois plus tôt
La baisse de 300 € devient permanente1 050 €585 000 €55 ans et 6 mois7 ans et 5 mois plus tôt
À l'inverse, 100 € de dépenses en plus, pour toujours650 €705 000 €66 ans3 ans et 1 mois plus tard

Calcul mensuel, rendement réel de 4 % par an, montants en euros d'aujourd'hui. La pension de retraite n'est pas comptée.

L'écart entre la deuxième et la troisième ligne est tout le sujet. L'année de défi produit 3 600 euros d'épargne en plus, qui grossissent tranquillement et font gagner quatre mois. L'habitude, elle, agit deux fois : elle augmente l'épargne chaque mois, et elle abaisse la cible, parce que chaque euro de dépense mensuelle en moins retire 300 euros du capital nécessaire (1 × 12 × 25). Ici, 300 euros de moins par mois, c'est 90 000 euros de cible en moins.

La hausse de l'épargne pèse le plus : seule, elle avancerait la date de cinq ans. La baisse de la cible, seule, l'avancerait de deux ans et huit mois. Ensemble, ils se recouvrent un peu et donnent sept ans et cinq mois.

Le même salaire, deux habitudes de dépense

Capital en fin d'année, en euros d'aujourd'hui, pour quelqu'un qui part de 40 000 € à 32 ans, au rendement réel de 4 %. Les deux droites horizontales sont les cibles FIRE de chaque habitude (25 fois les dépenses annuelles) : le capital les croise vers 23 ans et demi dans un cas, 31 ans dans l'autre. Calcul IgniFI.

Les limites, et elles sont réelles

Le rebond. Une année de privation qui se termine par un rattrapage, la garde-robe renouvelée en janvier, annule les quatre mois gagnés. Le défi n'a de valeur financière que s'il révèle des dépenses qu'on ne regrette pas d'avoir arrêtées.

L'inflation du mode de vie. C'est le mouvement inverse, et il est plus discret. Chaque augmentation de salaire qui part entièrement en confort de plus laisse le taux d'épargne inchangé, et chaque hausse durable de 100 euros par mois de dépenses ajoute 30 000 euros à la cible. Dans l'exemple, ces 100 euros repoussent la date de trois ans. Personne ne décide de travailler trois ans de plus ; on décide d'un abonnement, d'une voiture un peu plus grande, d'un loyer un peu plus cher.

Le coût social. Refuser les dîners, les mariages, les week-ends entre amis a un prix qui ne figure dans aucun tableau. Certaines dépenses entretiennent des liens qui comptent plus, sur trente ans, qu'un trimestre d'avance sur une date.

La sobriété choisie et la sobriété subie. Une enseignante du London College of Fashion, citée par la RTBF en 2024, décrit l'« underconsumption core » comme une sobriété choisie, réservée à des consommateurs qui ont de quoi choisir. En France, 15,4 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2024, soit 1 337 euros par mois pour une personne seule. Pour ces ménages, le « no buy » n'est pas une tendance, c'est le budget.

Ce n'est pas un concours de vertu. La formule ne fait aucune différence entre un voyage et un manteau. Un taux d'épargne de 60 % n'est pas moralement supérieur à un taux de 20 % ; il correspond à une autre façon de répartir sa vie entre aujourd'hui et plus tard. La seule question utile est de savoir si les dépenses qui restent sont celles auxquelles on tient. Et la réduction des dépenses a un plancher, quand le revenu n'en a pas : c'est l'un des quatre leviers, pas le seul.

Et IgniFI dans tout ça

IgniFI ne dira pas quoi arrêter d'acheter. L'application calcule le taux d'épargne réel à partir de vos relevés, catégorie par catégorie, et la page budget projette une date FIRE à partir de l'épargne effectivement constatée, au même rendement réel de 4 % que cet article. C'est ce qui permet de savoir, au bout de trois mois, si un « no buy » a déplacé quelque chose ou s'il a seulement déplacé des achats d'un mois sur l'autre. Pour les petites dépenses qui s'additionnent, voir aussi notre article sur les petites dépenses.

Sources

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