En France, la fiscalité des placements est vraiment généreuse si vous utilisez les bonnes enveloppes. À investissement identique sur 20 ans, l'écart entre quelqu'un qui passe par un CTO standard et quelqu'un qui combine PEA et assurance-vie peut atteindre des dizaines de milliers d'euros. Voici ce que fait chaque enveloppe, quand l'utiliser, et comment les assembler.
Les quatre enveloppes principales
PEA
Plafond 150 000 €. Gains exonérés d'impôt sur le revenu après cinq ans, prélèvements sociaux dus. Limité aux actions européennes et aux ETF éligibles.
Assurance-vie
Pas de plafond. Fiscalité allégée après huit ans et abattement successoral par bénéficiaire. En contrepartie, des frais de gestion annuels.
CTO
Pas de plafond, pas de contrainte, aucun avantage fiscal : gains imposés au PFU. C'est l'enveloppe de ce que les autres n'acceptent pas.
PER
Versements déductibles du revenu imposable, donc d'autant plus utiles que la tranche est haute. Capital bloqué jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage.
Les contraintes sont ce qui les distingue vraiment : le plafond du PEA, l'horizon du PER, les frais de l'assurance-vie, l'absence d'avantage du CTO. Aucune n'est meilleure dans l'absolu, et rien ici ne dit laquelle vous convient.
Le PEA (Plan d'Épargne en Actions)
Un compte à fiscalité allégée pour les actions européennes et les ETF éligibles. L'avantage clé arrive après cinq ans : les gains, plus-values comme dividendes réinvestis, deviennent exonérés d'impôt sur le revenu, et il ne reste que 17,2% de prélèvements sociaux. Vous pouvez verser jusqu'à 150 000 € (plus 75 000 € sur un PEA-PME, soit 225 000 € au total).
Il loge des actions cotées dans l'UE, des ETF éligibles PEA (la plupart des MSCI World synthétiques le sont) et des fonds éligibles. Il ne peut pas détenir d'actions américaines en direct, d'obligations, de SCPI ni de crypto. Un retrait avant cinq ans déclenche les 30% (12,8% plus 17,2%) et ferme le plan ; après cinq ans, c'est 17,2% seulement, et les retraits partiels ne le ferment plus.
Pour presque tout le monde avec un horizon long, c'est la première enveloppe à ouvrir. L'usage type, c'est un ETF MSCI World capitalisant acheté chaque mois.
L'assurance-vie
Un contrat d'assurance qui sert aussi d'enveloppe d'investissement, avec des avantages fiscaux et successoraux. Après huit ans, vous bénéficiez d'un abattement annuel sur les gains de 4 600 € (célibataire) ou 9 200 € (couple) ; au-delà, c'est la flat tax à 30%, ou un taux réduit de 7,5% plus les prélèvements sociaux selon les cas. Au décès, jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire désigné passent hors succession pour les versements effectués avant 70 ans.
Elle loge des fonds euros (capital garanti, environ 2 à 4%) et des unités de compte comme des ETF, des SCPI et des fonds actions. Pas de plafond de versement, et les rachats partiels sont possibles à tout moment sans fermer le contrat : l'argent n'est pas bloqué. Seul le gain contenu dans le retrait est imposé : si un contrat de 100 000 € contient 30 000 € de gains, un retrait de 10 000 € comprend 3 000 € de gain imposable.
Elle brille pour la transmission, la liquidité et en complément du PEA, et c'est le logement habituel des SCPI.
Le CTO (compte-titres ordinaire)
Aucun avantage fiscal, mais aucune contrainte non plus. Chaque cession, dividende et coupon est imposé à 30% (12,8% plus 17,2%), ou au barème progressif si cela vous arrange (intéressant quand votre TMI est sous 30%). Il loge tout : actions mondiales, ETF, obligations, warrants, certificats. Pas de plafond, pas de durée minimale, pas de limite géographique.
Utilisez-le pour l'argent au-delà de vos plafonds PEA et assurance-vie, pour les actifs que le PEA refuse (actions US en direct, certains ETF), pour le copy trading, ou quand une TMI basse rend le barème avantageux.
Le PER (Plan d'Épargne Retraite)
Une enveloppe retraite avec l'avantage fiscal à l'entrée. Les versements sortent de votre revenu imposable, dans la limite de 10% du revenu imposable (plafonné à 8 PASS, soit environ 32 900 € en 2024) ou de 10% du PASS (environ 4 113 €) si vous avez peu de revenus d'activité. Il loge des ETF, des fonds et des fonds euros selon le contrat.
L'argent est bloqué jusqu'à la retraite, avec quelques sorties anticipées comme l'achat de la résidence principale, l'invalidité ou le décès du conjoint. À la retraite, vous sortez en capital ou en rente ; le capital est imposé comme un revenu, souvent à une TMI plus basse qu'en activité. Indispensable si votre TMI est de 30% ou plus, et peu utile si vous payez peu d'impôt.
Le copy trading : investir en suivant d'autres
Le copy trading réplique automatiquement les positions d'un trader choisi sur votre propre compte. S'il met 5% de son portefeuille sur Apple, votre compte fait de même au prorata. Vous ouvrez un compte, choisissez un ou plusieurs traders selon leur historique et leur drawdown, allouez un montant, et les opérations se répliquent.
L'attrait, c'est une exposition sans expertise, une diversification entre plusieurs traders, une transparence totale sur les positions et un ticket d'entrée bas. Les risques sont réels aussi : vous dépendez des résultats d'un tiers, les performances passées ne garantissent rien, les frais dépassent en général un ETF passif, et le levier peut amplifier les pertes. Les gains sont imposés comme des plus-values mobilières, donc 30% en CTO, ou la fiscalité PEA si la plateforme propose des comptes éligibles.
Pour voir le copy trading en pratique, vous pouvez consulter le compte de l'auteur d'IgniFI sur eToro : Rejoignez-moi sur eToro (lien de parrainage, 50 USD offerts à l'inscription)
La stratégie y est la Barbell 2.0 : un portefeuille multi-actifs (MSCI World, or, Bitcoin, obligations US) piloté par des règles de suivi de tendance, visant environ 10% net par an avec un drawdown maximum proche de 25%. Un article lui est consacré : Copy Trading sur eToro : la stratégie Barbell 2.0 expliquée. Traitez le copy trading comme un complément d'une stratégie ETF de long terme, pas un remplacement, et gardez-le minoritaire dans votre épargne.
En un coup d'œil
| Enveloppe | Plafond | Fiscalité avantageuse | Liquidité | Transmission | Contrainte |
|---|---|---|---|---|---|
| PEA | 150 000€ | Oui (après 5 ans) | Bonne | Moyenne | Actions EU + ETF éligibles |
| Assurance-Vie | Aucun | Oui (après 8 ans) | Excellente | Excellente | Frais de gestion |
| CTO | Aucun | Non | Excellente | Standard | Aucune |
| PER | Aucun | Oui (déduction entrée) | Faible (retraite) | Bonne | Bloqué jusqu'à retraite |
Ce qui change selon le montant
Aucune enveloppe n'est meilleure dans l'absolu. Ce qui varie, c'est le poids de chaque contrainte selon la somme en jeu.
En dessous de 5 000 €, le paramètre qui compte le plus est le temps : le délai de cinq ans du PEA court dès l'ouverture, même sur un versement de 1 €. De ce seul point de vue, un PEA ouvert tôt et peu alimenté part avec une avance sur un PEA ouvert tard et bien garni.
Entre 5 000 et 50 000 €, un second compteur entre en jeu, les huit ans de l'assurance-vie, qui obéit à la même logique d'antériorité. C'est aussi le palier où la déduction PER commence à se voir, puisqu'elle vaut votre TMI.
Entre 50 000 et 150 000 €, le plafond du PEA devient un horizon concret, et le CTO reprend ce que le PEA ne peut pas loger : actions hors Europe, ETF non éligibles, copy trading.
Au-delà de 150 000 €, l'abattement successoral de l'assurance-vie par bénéficiaire pèse davantage que la fiscalité courante, et les questions de structuration (plusieurs contrats, holding pour une activité) deviennent un sujet en soi, qui relève d'un professionnel.
Les erreurs classiques
La grande, c'est d'attendre d'avoir « assez » pour ouvrir un PEA. Le compteur démarre à l'ouverture, pas à votre premier vrai investissement, donc ouvrez-le maintenant avec 1 €.
Vient ensuite l'assurance-vie aux frais d'entrée élevés. Certains contrats bancaires prélèvent 2 à 4% sur chaque versement, ce qui est ruineux sur 20 ans. Prenez un contrat en ligne (Linxea, Fortuneo, BoursoBank) sans frais d'entrée.
Tout garder en fonds euros en est une autre. C'est sécurisé, mais à 2 à 4% ça ne bat pas toujours l'inflation, donc un horizon long a besoin d'unités de compte pour vraiment croître.
Surveillez aussi les frais de gestion. Un ETF chez un courtier en direct coûte 0,20 à 0,30% par an. Le même ETF dans une assurance-vie avec 0,6% de frais d'UC plus 0,5% de frais d'enveloppe revient à 1,3% par an, soit, sur 150 000 € en 20 ans, des dizaines de milliers d'euros.
Et ne retirez pas d'un PEA avant cinq ans. Tout retrait, même partiel, le ferme et supprime l'avantage. Après cinq ans, les retraits partiels ne posent plus de problème.
Par où commencer
- Ouvrir un PEA (même avec 1€) dès aujourd'hui
- Ouvrir une assurance-vie (même avec 500€) pour lancer le délai des 8 ans
- Définir une allocation, par exemple 80% ETF MSCI World (PEA) et 20% fonds euros (AV)
- Mettre en place un virement mensuel automatique vers ces enveloppes
- Si votre TMI est de 30% ou plus, calculer le versement PER optimal de l'année
- Si vous dépassez le plafond du PEA, ouvrir un CTO pour le surplus
FAQ
Peut-on avoir plusieurs PEA ? Non, un seul par personne, plus un PEA-PME optionnel. Un couple peut en détenir un chacun.
Peut-on avoir plusieurs assurances-vie ? Oui, autant que vous voulez. En avoir deux ou trois chez des assureurs différents est même sensé pour la diversification et la souplesse.
Puis-je mettre des crypto dans un PEA ou une assurance-vie ? Non. La crypto n'est pas éligible au PEA et généralement pas en assurance-vie (rares exceptions via des ETP). Elle se détient sur des exchanges ou via des ETP dans un CTO.
PEA ou assurance-vie d'abord ? Le PEA d'abord pour la fiscalité la plus propre sur les ETF actions, l'assurance-vie en parallèle pour la flexibilité et la transmission. Ils se complètent plutôt qu'ils ne s'opposent.
Le PER se transmet-il au décès ? Oui. En cas de décès avant la retraite, le PER va aux héritiers, et avant 70 ans les sommes bénéficient d'une fiscalité avantageuse proche de l'assurance-vie.