Retour au blog
InvestissementComportementFinance personnelleSécurité

Finfluenceurs : comment lire un conseil financier trouvé sur Instagram, TikTok ou YouTube

« 1 % par mois », un lien de parrainage, une capture de gains : ce que dit la loi de 2023 sur l'influence commerciale, ce que le biais du survivant cache, et comment vérifier une promesse avec vos propres chiffres avant d'y mettre un euro.

·10 min de lecture
⚠ Avertissement : Les articles publiés sur IgniFI sont fournis à titre purement informatif et éducatif. Ils ne constituent pas un conseil en investissement, une recommandation financière, ni une incitation à acheter ou vendre des actifs financiers ou des instruments financiers. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte partielle ou totale du capital investi. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Consultez un conseiller financier agréé (CIF) avant toute décision d'investissement. Lorsqu'un article cite un instrument financier nommément, c'est à titre d'illustration de caractéristiques vérifiables (indice suivi, mode de réplication, frais courants), jamais comme une sélection ni une incitation à l'acheter. IgniFI ne détient aucune position sur les instruments cités, ne perçoit aucune rémunération d'un émetteur, d'un courtier ou d'un distributeur, et n'a aucun partenaire rémunéré pour être mis en avant. Aucun de ces articles n'est adapté à une situation particulière : ils sont publiés à l'identique pour tous les lecteurs.

Une vidéo de quarante secondes, une courbe qui monte, une phrase du genre « 1 % par mois, sans prise de tête ». Le format est si courant qu'on ne fait plus le calcul. Faisons-le une fois : 1 % par mois, c'est 12,7 % par an. Tenu vingt ans, ce rythme transforme 10 000 euros en 108 900 euros.

Pour comparer, les actions mondiales (indice MSCI World, dividendes réinvestis) ont rapporté 8,5 % par an de 2008 à 2025, en dollars, avant frais et avant impôt. Au même rythme, les mêmes 10 000 euros seraient devenus 51 100 euros en vingt ans. La promesse ne demande pas un peu plus que le marché. Elle demande de faire deux fois mieux que lui, chaque année, pendant vingt ans.

Cet article n'est pas un procès des créateurs de contenu financier. Certains expliquent mieux le PEA ou les frais d'une assurance-vie que bien des agences bancaires, gratuitement. Il porte sur la façon de lire ce qu'ils disent, et de vérifier une affirmation avec ses propres chiffres avant de la croire.

Qui s'informe là, et ce que ça change

Le baromètre 2025 de l'AMF, mené auprès de 2 120 personnes entre le 19 septembre et le 3 octobre 2025, donne l'ordre de grandeur. Avant de placer leur argent, 4 % des Français citent les influenceurs ou les communautés financières en ligne comme source d'information. La part monte à 8 % chez les 18-24 ans et à 10 % chez les 25-34 ans. Le conseiller bancaire reste loin devant, à 42 %, et les outils d'intelligence artificielle, cités par 11 % des sondés, ont déjà dépassé les influenceurs.

Quatre pour cent, c'est peu. Mais une autre étude de l'AMF, publiée le 15 juillet 2026, montre pourquoi le chiffre ne dit pas tout. En croisant les ordres des particuliers sur les actions du CAC 40 avec le nombre de messages publiés chaque jour sur X en 2024, le régulateur trouve que les investisseurs de moins de 35 ans et les clients des néo-courtiers réagissent au volume des messages, pas à leur ton. Quand tout le monde trade davantage un jour de bruit, eux augmentent leur activité deux fois plus que les autres. Ce n'est pas l'argument qui fait bouger, c'est la quantité de gens qui en parlent.

Ce que dit la loi depuis juin 2023

La loi du 9 juin 2023 sur l'influence commerciale a posé trois règles qui touchent directement la finance.

La publicité doit se voir. Un contenu rémunéré, en argent ou en avantages, porte une mention claire comme « publicité » ou « collaboration commerciale », lisible pendant toute la vidéo. La fiche publiée par l'ESMA et l'AMF à l'intention des influenceurs est explicite : pas en petit, et pas seulement dans les hashtags.

Certains produits ne peuvent pas être promus du tout. Les produits financiers particulièrement risqués, comme les options binaires, certains CFD ou le forex, sont interdits de promotion par un influenceur, tout comme les services sur crypto-actifs d'acteurs non régulés. Depuis l'entrée en application du règlement européen MiCA le 30 décembre 2024, une plateforme crypto doit être agréée, et la période de transition française pour les acteurs déjà enregistrés s'est achevée le 1er juillet 2026.

Les sanctions sont pénales. Jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende.

Deux précisions comptent pour le lecteur. D'abord, la phrase « ceci n'est pas un conseil en investissement » ne protège personne : la fiche de l'ESMA le dit en toutes lettres. Ensuite, la loi est appliquée, mais les contrôles sont rares au regard du nombre de comptes. En 2024, la DGCCRF a contrôlé 287 influenceurs et relevé des anomalies chez 46 % d'entre eux, d'après son bilan relayé par franceinfo. Ces contrôles ciblent les signalements, donc le taux ne vaut pas pour l'ensemble des créateurs. Il dit surtout qu'un contenu en ligne n'a été vérifié par personne avant d'arriver sur votre écran.

Il existe aussi un certificat de l'influence responsable, délivré par l'ARPP avec une option « publicité financière » construite avec l'AMF : 25 questions à choix multiples, 75 % de bonnes réponses exigées. C'est un signe de sérieux sur les règles de la publicité. Ce n'est pas un gage que les conseils donnés sont bons.

Le biais du survivant, en une division

Prenez 10 000 comptes de trading qui jouent à pile ou face contre le marché. Chaque année, la moitié fait mieux que l'indice, par pur hasard. Au bout de cinq ans, 10 000 divisé par 2 cinq fois, il en reste 312 qui ont battu le marché cinq années de suite.

Ces 312 personnes ont une histoire à raconter, des captures d'écran à montrer et une bonne raison d'ouvrir une chaîne. Les 9 688 autres n'ont rien à publier. Sur un fil d'actualité, on ne voit que les survivants, et rien dans leur parcours ne permet de distinguer le talent de la chance.

La réalité est moins symétrique qu'un pile ou face, parce que le trading actif coûte des frais à chaque passage. L'AMF a suivi 14 799 clients particuliers de CFD et de forex de 2009 à 2012 : 89,4 % avaient perdu de l'argent sur quatre ans. Une capture de gains montre une ligne de ce tableau, rarement la date à laquelle le compte a été ouvert, jamais les comptes fermés.

Payé comment, et par qui

La question la plus utile devant un contenu financier n'est pas « a-t-il raison ? », mais « comment gagne-t-il sa vie ? ». Chaque modèle tire dans une direction connue.

L'affiliation rémunère l'ouverture d'un compte ou le volume d'ordres : elle pousse à ouvrir et à trader. Les formations et les « méthodes » rapportent à la vente, quel que soit le résultat de la méthode. Les revenus publicitaires des plateformes suivent les vues, et une promesse spectaculaire fait plus de vues qu'un rappel sur les frais. Rien de tout cela n'est illégal tant que c'est affiché. Tout cela mérite d'être connu avant d'écouter la suite.

Les abonnements à des « signaux » sont le cas le plus facile à chiffrer. À 50 euros par mois, on paie 600 euros par an. Sur un portefeuille de 10 000 euros, c'est 6 %, soit à peu près ce que rapporte le marché une année moyenne. Si le portefeuille rapporte 6 % par an et que l'abonnement est payé sur ce rendement, le capital reste à 10 000 euros au bout de vingt ans, à l'euro près.

10 000 € placés vingt ans : ce que les frais laissent

Rendement brut supposé de 6 % par an, capitalisé chaque année ; les frais sont retranchés du rendement (6 % moins 0,2 %, 1 % ou 2,5 %). L'abonnement de 50 € par mois est payé en fin d'année sur le rendement. Avant impôt, en euros courants. Calcul IgniFI.

Entre 0,2 % et 2,5 % de frais, l'écart atteint 10 985 euros sur un placement unique de 10 000 euros. Pour quelqu'un qui verse 500 euros par mois pendant vingt ans, soit 120 000 euros, le même écart de frais fait passer le capital final de 221 700 à 172 400 euros. Près de 50 000 euros, pour une ligne en petits caractères.

Les signaux d'alerte, et ce qui se vérifie

Ce que vous voyezCe que ça cache souventCe qui se vérifie, et où
« x % par mois », « revenus garantis »Une arithmétique impossible à tenir : 1 % par mois fait 12,7 % par an, 3 % par mois en fait 42,6 %Convertir en taux annuel et comparer aux 8,5 % par an des actions mondiales de 2008 à 2025
Une capture d'écran de gainsUne période choisie, aucun point de départ, aucune perteLa performance sur toute la durée, dates comprises, apports déduits ; un relevé plutôt qu'une capture
Un code promo ou un lien « partenaire »Une prime à l'ouverture de compte ou une part des fraisLa mention « publicité » ou « collaboration commerciale », obligatoire depuis 2023
« Dernières places », « avant que ça monte »Une urgence fabriquée pour couper la réflexionRien de sérieux ne disparaît en 48 heures ; la fiche de l'ESMA classe la pression parmi les signaux d'arnaque
Une plateforme dont vous n'aviez jamais entendu parlerUn acteur non autorisé à opérer en FranceLa liste des acteurs autorisés et les listes noires sur le site de l'AMF
CFD, forex, options binairesLes produits où 74 à 89 % des comptes de particuliers perdentLeur promotion par un influenceur est interdite en France
Une formation à plusieurs centaines d'eurosUn revenu tiré de la vente, pas de la méthodeLe coût rapporté à votre capital : 600 euros, c'est 6 % de 10 000 euros
« Ceci n'est pas un conseil financier »Une formule sans effet juridiqueCe qui est réellement recommandé, et à qui ça rapporte

Sources : AMF ; fiche de l'ESMA et de l'AMF à l'intention des finfluenceurs (2025) ; ESMA, communiqué du 27 mars 2018 sur les CFD ; MSCI. Taux annuels calculés par IgniFI.

Vérifier une affirmation avec vos propres chiffres

Une méthode en quatre temps suffit dans la plupart des cas. Prenons une affirmation fréquente : « cette stratégie de dividendes rapporte 8 % par an de revenus passifs ».

Un taux annuel et une durée. 8 % par an, c'est clair. Un « 1 % par semaine » ne l'est pas : il fait 68 % par an, ce qui suffit en général à clore la discussion.

Les frais et l'impôt. Sur un compte-titres, les dividendes paient la flat tax de 31,4 % depuis janvier 2026 : 8 % bruts deviennent 5,49 % nets (8 × 0,686). Dans un PEA de plus de cinq ans, seuls les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus, soit 6,51 % nets. Le même « 8 % » ne vaut donc pas la même chose selon l'enveloppe, et une vidéo le précise rarement. Le détail des taux est dans notre article sur la flat tax à 31,4 %.

D'où vient l'argent. Un dividende n'est pas un rendement en plus : le jour du détachement, le cours baisse du montant versé. Ce qui compte est le rendement total, dividendes et variation du prix ensemble. Une action qui verse 8 % et perd 5 % de valeur dans l'année a rapporté 3 %.

La comparaison avec l'option ennuyeuse. Le bon point de comparaison n'est pas zéro. C'est ce qu'aurait rapporté un placement qu'on ne touche pas, avec les mêmes versements aux mêmes dates. Si la méthode ne fait pas mieux après frais et après impôt, elle n'apporte que du travail.

Ce dernier calcul est celui qu'on fait le moins, parce qu'il demande ses propres chiffres : ce qu'on a versé, quand, et ce que vaut le compte aujourd'hui.

Et IgniFI dans tout ça

IgniFI ne recommande aucun placement et ne vend aucune formation. L'application mesure : la performance réelle de chaque compte, apports et frais compris, son taux de rendement interne, et la comparaison avec un indice qui aurait reçu exactement les mêmes versements aux mêmes dates. C'est le moyen le plus direct de savoir si une méthode vue en ligne a réellement rapporté quelque chose sur votre argent, plutôt que sur celui de quelqu'un d'autre.

Ce blog s'applique la même grille. Le fondateur d'IgniFI publie un portefeuille copiable sur eToro, et deux articles plus anciens de ce blog contiennent un lien de parrainage, signalé comme tel. Cet article n'en contient aucun.

Sources

Passez à l'action

Suivez votre patrimoine, calculez votre date FIRE et simulez vos scénarios. Gratuitement.

Créer mon compte gratuit →